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Mes trois jours à bord du BELEM

Le 10 juin 1896, à Chatenay-sur-loire, près de Nantes , les chantiers DUBIGEON lançaient pour le compte de l'armateur CROUAN le trois mâts barque  BELEM , voilier de petit tonnage, comparé aux voiliers cap-horniers, qui devait assurer le transport du cacao entre le Brésil, depuis le port de Belém dont il tire son nom, et la France, pour les chocolatiers MENIER

Le Belem est un trois-mâts barque , coque en acier, d'une longueur de coque sans beaupré de 51 mètres, longueur hors tout de 58 mètres.  Longueur à la flottaison de 48 mètres.  Largeur du maître beau (au plus large de la coque) 8,80 m
tirant d'eau armé croisière: 3,60 m.    Jauge brut: 534 tonneaux (environ 1500m3).   déplacement armé 750 tonnes.

propulsion par deux moteurs diesel Fiat, deux hélices quatre pales.    trois groupes électrogènes
réserve de gazole:  40 tonnes.    réserves d'eau douce: 8 tonnes.  production journalière d'eau douce:  8 tonnes

Mâts en acier rivé-soudé en deux parties, la hauteur du grand mât est de 34 mètres au dessus du niveau de la mer
Vergues  en acier pour les trois plus basses, en bois pour les perroquets et cacatois

21 voiles au total pour une surface de voilure de 1200 m2

vitesse maximum à la voile: 12 nœuds , au moteur: 9 nœuds , possibilité de remonter au vent à 80° du vent, gîte maximale pratiqué: 15°,  gîte maximale avec redressement: 37°.

Arrivé à Cherbourg le vendredi 11 avril dès 8 heure 45, j'embarque sur le Belem à 9 heures. Après une visite du bateau et l'affectation d'une bannette (couchettes de 60x190 close par un rideau) puis d'un caisson attenant  pour ranger mes affaires,  les marins du Belem commencent à hisser les voiles, puis à dégager les amarres.  Nous sortons du port, il est 10 heure 30, cap sur l'île de Wight en Angleterre .

Le temps est clair, le vent est de force 4.   Pour assurer la continuité du service en mer, l'équipage, dont les stagiaires ( jusqu'à 48 ) font partie, est divisé en trois groupes appelés "tiers" qui prennent successivement le quart, se reposent, déjeunent, etc...les quarts sont de quatre heures, 0 à 4, 4 à 8, 8 à 12 et idem pour l'après midi.
Le matin, le midi et le soir, sont désignés parmi les équipes de repos, trois stagiaires pour assurer le service à table et le rôle de vaisselle, et cela pour deux services, la table ne pouvant accueillir que 36 places, mais surtout pour tenir compte des personnes de quart. Les quarts obligeant à diviser les repas en deux services : le premier pour ceux qui vont prendre le quart; le second pour ceux qui le quittent.

Étant affecté au service de la table à 11 heure, malgré une mer qui commence un peu à s'agiter, avec deux autres stagiaires nous commençons à mettre les assiettes et couverts, tout se passe bien jusqu'au moment ou une rafale de vent fait brusquement gîter le bateau , et là....patatrac... toutes les assiettes tombent au sol,  la solution nous est donnée par un marin du bord, pour que les assiettes ne glissent pas il suffit de mettre une nappe en papier sur la table, et de l'humidifier avant d'y mettre les assiettes et couverts, efficace... 

Il est 16 heure lorsque je prends mon premier quart, le vent s'est encore élevé, il est arrivé  à 5 - 6 sur l'échelle de Beaufort, des lames de 2 à plus de trois mètres se forment;  prenant le relais d'un autre stagiaire je prend la barre cap 350° vers l'île de Wight .
     A 20 heure repas, et après un petit tour sur le pont pour constater l'état de la mer et du vent qui est monté à force 7 à 8, lames de 3 à plus de 6 mètres je redescend sans plus attendre pour me coucher car le quart de 24 à 4 heure du matin m'attend.
    Pas facile de s'endormir car avec la houle et les mouvements du bateau, je suis ballotté dans ma bannette de droite à gauche malgré le peu de largeur. 

ci-contre ma bannette avec le caisson de rangement 

ci-dessous salle à manger

A minuit, réveil pour prendre le quart, la mer et le vent se sont un peu calmé, au loin, droit devant,  nous apercevons déjà des lumières de l'île de Wight, elle n'est plus qu'à quelques milles, une heure plus tard nous en longeons les côtes, je suis à la barre encore quelques instants, puis avec deux autres stagiaires, je suis affecté à la veille à l'avant du bateau ( le gaillard ) car sur la Manche le trafic est intense et les bateaux ne cessent de se croiser, il faut donc être très vigilant, malgré tous les instruments de bord : radars, VHF et autres...

     Le lendemain matin, 2ème jour de stage, après 3 heures de repos, et pris le petit déjeuné à 7 heure je monte sur le pont pour faire quelques photos, un peu de vidéo, discuter un peu avec les marin du Belem, puis je retourne me reposer un peu, ayant à assumer le quart de 12 heure à 16 heure, avec le repas juste avant à 11 heure.
     l'après-midi se passe sous un temps clément, avec un ciel clair et ensoleillé, nous avons repris la direction des côtes Françaises, cap sur Port-en-Bessin Huppain, ou nous faisons une halte pour quelques heures avec possibilité de débarquer pour rejoindre la terre quelques instants.

Il est minuit lorsque je suis réveillé par le bruit des Guindeaux qui remontent les ancres , les chaînes glissant bruyamment sur le pont. Le départ est donné, il me reste encore 4 petites heures à dormir avant de prendre mon quart de 4 à 8 heures du matin, les heures les plus froides de la nuit, il fera entre 6 et 7 heure que 2° sur la dunette ( pont à l'arrière du bateau ou se trouve le poste de pilotage et la barre ).  Le vent faisant défaut, les moteurs sont mis en route.

le cap est mis sur le pont de Normandie, entre Honfleur et Le Havre, ou nous arrivons en fin de matinée.  Puis après un demi tour face au pont de Normandie, et la venue d'un pilote pour nous guider, nous commençons l'approche du port du Havre, notre destination finale. Après une attente dut au trafic élevé du port, l'autorisation nous est donnée d'y pénétrer, lorsque nous arrivons "au quai Cameroun" sous une pluie battante il est 16 heures 30 ,et le moment de quitter ce superbe bateau est arrivé...

Je tiens à faire l'éloge de tous les hommes d'équipage qui sont très sympathiques et très professionnels, et une mention spéciale pour les deux cuistots qui malgré une mer agitée, nous ont servi de très bon petit plats, pour des repas très copieux ou rien ne manquait, même pas leur bonne humeur. 

salle des machines     

guindeau pour remonter les ancres   

pied du grand mât    

http://www.fondationbelem.com